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COURIR À LA LISIÈRE

Courir en bord de mer, à la lisière de la terre et de l’eau, des mots et des silences, de l’ambigu et du net.

29 Nov 2020

« Cours Forest, cours ! » Qui ne se souvient de cet encouragement fait à Forest Gump ? Sa copine Jenny le pousse à déguerpir pour échapper à trois petits crétins à bicyclette. Gump, alors aussi fragile du corps que de l’esprit, a les jambes corsetées dans des atèles métalliques. Mais il puise dans sa peur glaciale la force de briser les fers, puis de courir, courir, courir… Et il ne cesse. Il court dans son village par plaisir, sur un terrain pour gagner des matchs de foot, au Vietnam pour sauver sa peau et celle de ses copains, à travers tout le pays pour épuiser son désespoir.

J’ai commencé à courir un jour d’août au mitan des années ‘80. Un gamin dont nous avions la responsabilité dans un camp de jeunesse n’était pas rentré avec son groupe. Nous sommes partis à sa recherche. Et moi qui n’avais jamais pu tenir plus de quelques mètres, j’ai filé comme Gump jusqu’au moment des retrouvailles avec le jeune égaré. Cette course fut une révélation : je savais courir, et j’avais adoré le shoot d’adrénaline. Ça tombait à pic. Car j’étais moche et gros. Je me suis dit que la gambade pourrait être un moyen d’affiner ma silhouette, projet sensé dans la perspective d’intéresser quelque donzelle pour une raison située en-dessous du cerveau.   Alors je me suis mis à courir, courir, courir…

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Ce qui est formidable dans la course, c’est que l’on quitte le sol. Là réside la différence fondamentale avec la marche où l’on a toujours un pied posé sur terre. Dans la course, à un moment on est en l’air, en suspens. Bien sûr on retombe, toujours, mais on rebondit et à nouveau on saute et on vole. Une course, qu’elle fasse cent pas ou des dizaines de kilomètres, rejoue à elle seule toute biographie et toute l’histoire de l’humanité : tenter de s’élever, réussir un instant, chuter, tenter encore, monter descendre et avancer, de plus en plus loin.

Et, plus formidable que la course encore, il y a la course en bord de mer. Ce week-end, c’était sur la piste cyclable lacustre d’une île hollandaise. Au fil des ans, des voyages et domiciles divers, ce fut sur une digue d’Ostende, une falaise normande ou la jetée d’un port breton, une plage espagnole ou indienne et, en rêve, au bord de l’océan des tempêtes (en haut à gauche, sur la lune).

« Je courais toujours pour aller partout, mais je ne croyais pas pour autant que ça me mènerait quelque part. » (Forest Gump)

Pourquoi est-il si bon de cavaler à côté des flots ? D’abord, il y a les raisons pratiques. Souvent, c’est plat. Parfois, on a le vent dans le dos et on se réjouit de notre légèreté soudaine, ou de côté et on se réjouit du rafraîchissement gratuit, ou de face et on se réjouit de l’épreuve supplémentaire. Puis, surtout, il y a l’échappée de l’esprit.

Sans doute l’esprit batifole-t-il toujours en course. C’est même l’un de ses charmes. Combien d’idées, d’images, de projets peuvent-ils naître, grandir, se décoincer dans l’agitation aérobique ? Mais en plus, au bord de la mer, on ne peut s’empêcher de se sentir et de se penser à la lisière.

En suivant pas à pas un fil qui sépare la terre et l’eau, on réalise plus qu’ailleurs que notre existence se déploie toujours à la limite : des autres et de soi, de la réalité et de la représentation, des mots et du silence, de la joie et des passions tristes, de la présence et de l’attente, du sain et du malade, du vivant et du mort…

Et puis non, en courant encore on sent que la limite n’est qu’illusoire parce que le bord de la terre descend dans la mer et que la rosée liquide recouvre la prairie, que même notre corps solide est  souple de ses 70% d’eau, que la nuit est pleine de lumière d’étoiles visibles lorsque l’on éteind nos propres lumières, que les mots « juif » « nègre » « pédé » « salaud » « adieu » font plus mal qu’un caillou, parce que le cadavre se décompose par activité biologique ; même la limite de la mort disparaît dans la continuité de la vie.

Seulement, le mort que nous avons aimé ne nous répond plus, on ne peut plus l’embrasser.

Donc, il y a la limite, mais il y a aussi l’ambiguïté du tout dans tout qui limite la limite, et le retour de la limite, que blanc n’est pas noir et que, si « je est un autre », je suis quand même celui qui dit « je ».

Alors, peut-être « lisière », plutôt que « limite » ?

« Je courais toujours pour aller partout, disait Gump, mais je ne croyais pas pour autant que ça me mènerait quelque part. »

En effet.

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