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Écrire à un ami

Vialatte, maître en chronique, disait que l’on n’écrit bien qu’en s’adressant à une personne en particulier. L’ami P. est mort, mais ceci est fidèle à nos échanges.

LA ROMANCE & L’ÉPOPÉE

Mortel océan, caisse close, et tout sinon rien

 

29 Nov 2020

Cher P,

Ce matin en courant, j’écoutais l’interview d’une chanteuse. J’avais bien dû entendre la dame distraitement à la radio, jadis ou naguère, mais ne la connaissais pas. Sympa pour prendre l’air. Et puis, comme par surprise, dans le flot de gentil bavardage arriva un moment fortiche, du genre qui te fait chialer franco tout en gambadant : Sophie Legoubin Caupeil qui parle de son livre, Rita, sauvée des eaux.

Lorsqu’elle avait 15 ans, son père a eu un accident en secourant une jeune indienne qui se baignait. La belle d’Asie était en voyage de noces, elle a survécu ; le mûr Français était en voyage familial à Pondichéry, il est mort. 

Vingt ans plus tard, la fille Sophie devenue mère comprend que ses enfants ne peuvent comprendre, cette histoire fondatrice, fondamentale. Alors, elle part à la recherche de Rita, la sauvée…

Je partage

Tu imagines que cette histoire fait écho chez moi : le deuil, l’Inde, la transmission. L’écho est d’autant plus sonore que, ce week-end, j’ai rangé mon bureau. J’ai éclairci et ordonné ma bibliothèque, sorti la poubelle débordant de papiers chiffonnés, vidé ma table fors l’ordi et quelques colifichets. 

Mais je n’ai pas touché à la caisse.

F. est morte depuis 27 ans. Toutes nos lettres sont encore dans cette caisse. Cinq ans d’amour et de correspondance abondante.

Tu sais, j’ai rencontré A. quelques mois après. Commencèrent cinq années rock’n roll, de résistance à elle et à la douleur, une tranche de deuil finalement quelconque, ou presque. Et puis enfin l’abandon, à elle aussi, à l’amour, à la parenté ; sans écrits, ou presque.

Chaque fois que je regarde la caisse, je me dis qu’un jour je l’ouvrirai. Que je reprendrai les lettres. Que j’essaierai d’en faire quelque chose. 

Peut-être, comme Legoubin, pour les mômes. Car comme elle j’ai l’impression d’avoir digéré l’épisode et m’en être finalement fortifié. Mais nos gnomes n’en profitent pas, or ce serait bien qu’ils puissent y apprendre aussi.

Il ne s’agirait pas d’écrire sur F, ni sur nous, sans doute même pas sur lavielamort. Mais sur l’amour. Car il n’est pas question de faire avec F sans A, la petite brune morte et la grande blonde vivante, la femme de ma vie – croit-on quand on est jeune – et ma femme de la vie – sait-on ensuite.

Oui, il s’agirait de chercher quelque chose sur l’amour. À la manière d’Ortega y Gasset peut-être. Chercher, car je ne sais toujours pas ce que c’est. Et je doute le savoir jamais. Puisqu’il est irréel l’amour, ne peut être vu, entendu, ne peut faire l’objet d’aucune expérimentation.  Cela n’empêche qu’on en fasse l’expérience et que l’on explore son idée, sa notion. Ou, plutôt, ses notions.

La romance. L’histoire de sentiments, d’échanges et de regards de l’un vers l’autre, du dedans, d’une partie de pêche en rivière où l’on découvre des berges, des plantes et des insectes inconnus.

L’épopée. L’histoire d’actes, de choix, de routes et d’horizons, du dehors, d’une pêche au gros pendant la traversée d’un océan qui confronte à l’infini des éléments.

Pour moi l’un va avec l’autre, vit avec l’autre. Dans les deux cas il y aventure, inconnu, risque et peur, passion, désir ! corps et volupté. 

Sinon rien.

Aurai-je grand-chose à dire de plus ?

« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». 

Ph. cite souvent cette dernière phrase du « Tractatus » de Wittgenstein. Il l’interprète comme une invitation non pas au silence, mais à la parole par le geste. 

Il dit que ce qui doit être tu peut néanmoins être montré.

La grande femme blanche me rappelle qu’il va être temps d’aller au garage pour changer les pneus de la bagnole.

Dans le cadre de notre romance épique, ou de notre épopée romantique, c’est à mon tour de chasser le caoutchouc.

Montrons.

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