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MIGRATION : IDENTITÉ OU FÉCONDITÉ ?

Ce 18 décembre avait lieu la journée internationale des migrants. Et si on prenait le terme de ‘flux’ au sérieux ?

22 Dec 2020

Parfois, lors d’un entretien de sélection ou d’une discussion au fond d’un café, une question vous est posée : qui es-tu ? Pour ma part, il y a des lunes que je ne sais plus que répondre à cela. Non que j’aie quelque problème de personnalité, mais parce que je m’interroge sur l’identité.

Maintenant, en lisant ces lignes, vous n’êtes plus la même personne qu’il y a 1 mois : bon nombre de vos globules blancs se renouvellent en quelques dizaines d’heures, les follicules pileux de vos cheveux en 10 jours, les cellules de votre peau sur un cycle complet de 28. Vous êtes sans cesse remis à neuf, il ne reste presque rien de votre corps d’antan.  Alors qui êtes-vous, vous qui n’existez plus et pas encore ?

Bien sûr, vous êtes vous-même. Vous le savez, le sentez, le vivez. Vous dites « je », et cela a du sens, pour vous qui orientez votre existence au gré des circonstances, comme pour les autres envers qui vous prenez des engagements. 

Vous êtes, nous sommes continuité autant qu’impermanence.

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Il en va de même d’une langue. En lisant Montaigne dans le texte du XVIe siècle, nous avons du mal à saisir, devons reprendre les phrases et les mots étranges. Ce n’est plus notre langue. C’est néanmoins du français, nous n’en doutons pas un instant.

Et il en va aussi de même de nos collectivités. La Belgique, l’Europe et le monde ne sont plus ce qu’ils étaient, parce qu’ils ne sont jamais ce qu’ils sont. Ils forment des entités vivantes.

La question de la circulation des personnes, mise en lumière à l’occasion de la journée internationale des migrants le 18 décembre, est encadrée par le pacte de l’ONU sur les migrations. Cette question peut se poser dans la perspective du changement.

Le pacte affirme une solidarité humaine universelle. C’est simple, aussi évident que l’élan qui nous pousse à retenir un enfant en danger au bord d’un balcon. Le texte affirme également la volonté de traiter la question migratoire en nous appuyant sur des faits objectifs, la nécessité de travailler en amont pour éviter les exils ; il insiste sur l’importance du droit, notamment le droit pour les États souverains de choisir leurs politiques migratoires. Les juristes répètent qu’il s’agit d’un Pacte, non d’un Traité contraignant.

On prête à Goethe l’idée que seul est vrai ce qui est fécond. L’idée d’identité est-elle si vraie qu’on le pense ? 

L’accueil des étrangers, réfugiés ou migrants, peut être pensé comme un problème de gestion de stocks : des eux auxquels il faudrait faire une place dans notre entrepôt. C’est ce qu’avancent des nationalistes. Ils peuvent alors dire « non », arrimer à une idée d’identité le refus de s’engager envers les terriens et les nations unies.

Mais si ni eux, ni nous, n’avions d’identité figée ? Si ce n’était pas une question de stock, mais de flux ? Il y aurait, alors, à faire avec la circulation du vivant, à dire « oui » à la vie d’une même humanité, d’une même capacité d’intelligence, d’émotion, de relation, qui prend différentes formes.

Nous savons que nous devons réguler notre alimentation, processus d’incorporation qui va influencer notre santé. De même, il nous faut réguler les mouvements de population qui vont influencer notre collectivité.

Pour autant, refuser l’ouverture de nos frontières aux étrangers ou leur dénier le droit d’appartenir à notre société, tentation d’une partie non négligeable de nos concitoyens, n’est-ce pas refuser le caractère vivant de la communauté humaine ? Et n’est-ce pas aussi absurde que refuser de s’alimenter, sous prétexte que les chips font grossir ?

On prête à Goethe l’idée que seul est vrai ce qui est fécond.

L’idée d’identité est-elle si vraie qu’on le pense ? 

L’engagement à répondre à la douleur de certains d’entre nous par l’acceuil et l’échange, dans le cadre d’une communauté de nations conscientes de leurs histoires et spécificités,  ne serait-il pas fécond ?

 

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