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Interroger le monde

Le monde, ici, maintenant, à l’horizon de demain et ailleurs. Événements, faits, chiffres : essayer de les regarder pour voir, situer, peser, comprendre, imaginer.

WHEN DAY COMES

Action : mots en geste. Traduction : passage. Le poème d’Amanda Gorman à l’investiture de Biden agit, traduit.

18 Feb 2021

Lors de l’investiture de Joe Biden comme 47e Président des États-Unis le 20 janvier, la jeune poètesse Amanda Gorman a lu l’un de ses textes. Elle devint aussitôt une célébrité mondiale.

Elle est donc fusillée par certains esprits critiques : habillée en Prada, parcours personnel correspondant trop à merveille au ‘storytelling’ du mythique rêve américain, poésie des bons sentiments… Elle est sans doute détestée par une partie de l’électorat trumpiste défait. Et on peut s’interroger : sa mise en avant est-elle la meilleure façon de réconcilier la société d’outre-Atlantique, ambition affichée, ou est-ce une manière de mettre de l’huile sur le feu d’une nation incandescente ?

Dans une autre perspective, on peut considérer que le changement politique passe nécessairement par la place faite à une différence, en l’occurence un autre pigment de peau, un autre sexe, une autre approche, une autre musique de mots. Que ces mots disent une ouverture, sont une ouverture, invitent à la conversation. Et que cette langue, et que cette posture, ne sont pas sans rappeler la fougue, la naïveté, la sincérité de Victor Hugo. Jusque par la rondeur des allitérations, la force des pieds scandés comme dans un slam hurlé, l’émotion des couleurs jaune manteau rouge chapeau.

Merci à Ph., pour sa traduction et son impulsion.

Quand vient le jour nous nous demandons où trouver de la lumière dans cette obscurité sans fin ?

La perte que nous portons, une mer à traverser.

Nous avons affronté le ventre de la bête.

Nous avons appris que la tranquillité n’est pas toujours la paix, que les normes et idées de ce qui est « juste » ne sont pas toujours justice.

Et pourtant, l’aube est la nôtre avant même que nous ne le sachions.

De quelque manière nous la faisons.

De quelque manière nous sommes les survivants et témoins d’une nation qui n’est pas brisée, mais seulement inachevée.

Nous, les successeurs d’un pays et d’une époque où une maigre fille noire, descendante d’esclaves et élevée par une mère seule, peut rêver de devenir Président, et se retrouve à réciter un poème pour l’un d’eux.

C’est sûr, nous sommes loin d’être impeccable, loin de notre blancheur originelle, mais cela ne signifie pas que nous nous efforcions à former une union parfaite.

Je partage

“L’aube nouvelle bourgeonne à mesure que nous la délivrons.” (A.G.)

Nous nous efforçons à former une union qui possède un dessein.

De composer un pays attaché à toutes les cultures, couleurs, caractères et conditions humaines.

Et donc nous tournons nos yeux non pas vers ce qui se tient entre nous, mais vers ce qui se tient devant nous.

Nous comblons ce qui sépare parce que nous le savons : pour faire passer notre avenir en premier,

nous devons en premier mettre nos différences de côté.

Nos bras déposent leurs armes afin de pouvoir s’ouvrir vers les autres.

Nous ne cherchons à blesser personne, nous voulons l’harmonie pour tous.

Laissons le monde, faute de mieux, dire cette vérité :

Que même quand nous peinions, nous grandissions.

Que même quand nous blessions, nous espérions.

Que même quand nous fatiguions, nous tentions.

Que nous sommes à jamais liés ensemble, vainqueurs.

Non parce que nous ne connaîtrons plus jamais la défaite, mais nous ne sèmerons plus jamais la division.

L’Écriture nous dit d’entrevoir un jour où chacun pourra s’asseoir sous ses propres vigne et figuier

et personne ne sera là pour lui faire peur.

Si nous voulons vivre debout notre époque, alors la victoire n’appartiendra plus au couteau, mais à tous les ponts que nous aurons construits.

C’est la promesse propre à éclairer, la colline que nous gravissons, si seulement nous osons.

Parce qu’être Américain est plus qu’une fierté transmise.

C’est le passé dans lequel nous pénétrons et comment nous le réparons.

Nous avons vu une force qui pouvait briser notre nation plutôt que de la partager

Qui aurait détruit notre pays en entravant la démocratie.

Cet effort, en fait, a presque réussi.

Mais si la démocratie peut de temps à autre être menacée, elle ne peut être défaite à tout jamais.

Dans cette vérité, dans cette foi nous, avons confiance, car tant que nous gardons nos yeux vers l’avenir, l’histoire garde ses yeux sur nous.

Voici le temps de la juste rédemption.

Au début, nous avons pris peur.

Nous ne nous sentions pas prêts à assumer l’héritage d’heures aussi terrifiantes, mais, de leur milieu, nous avons trouvé la force d’écrire un nouveau chapitre, de nous offrir de l’espoir et du rire.

Alors que peu avant nous nous demandions, ‘comment nous pouvions parvenir à surmonter la catastrophe ?’ nous affirmons à présent, ‘comment une catastrophe pourrait-elle vraiment avoir raison de nous ?’

Nous ne ferons pas marche arrière vers ce qui fut, mais nous irons vers ce qui sera :

Un pays meurtri mais entier, bienveillant mais audacieux, ardent et libre.

Nous ne nous laisserons pas faire demi-tour ni dérouter par intimidation parce que nous savons que notre inaction et notre inertie seront l’héritage de la génération suivante.

Nos erreurs deviendront leurs fardeaux.

Mais une chose est certaine :

Si nous mêlons la force à la pitié, et la justice à la force, alors l’amour deviendra notre leg et le changement un droit de naissance pour nos enfants.

Laissons donc après nous un pays meilleur que celui qui nous a été laissé.

Par chaque souffle de ma poitrine de bronze martelée, nous relèverons ce monde blessé vers un monde étonnant.

Nous nous lèverons des collines chargées d’or de l’Ouest.

Nous nous lèverons du Nord-Est balayé par les vents où nos ancêtres ont d’abord mené leur révolution.

Nous nous lèverons des villes du bord des lacs des états du Midwest.

Nous nous lèverons du Sud brulé de soleil.

Nous allons reconstruire, réconcilier et nous reprendre.

De tous les coins et recoins de notre nation et de tous les lieux-dits de notre pays, notre peuple divers et magnifique émergera, meurtri et magnifique.

Quand vient le jour, nous sortons de l’ombre, embrasé et sans peur.

L’aube nouvelle bourgeonne à mesure que nous la délivrons.

Car il y a toujours de la lumière,

si seulement nous sommes assez courageux pour la voir. Si seulement nous sommes assez courageux pour en être.

 

When day comes we ask ourselves,
where can we find light in this never-ending shade?
The loss we carry,
a sea we must wade
We’ve braved the belly of the beast
We’ve learned that quiet isn’t always peace
And the norms and notions
of what just is
Isn’t always just-ice
And yet the dawn is ours
before we knew it
Somehow we do it
Somehow we’ve weathered and witnessed
a nation that isn’t broken
but simply unfinished
We the successors of a country and a time
Where a skinny Black girl
descended from slaves and raised by a single mother
can dream of becoming president
only to find herself reciting for one
And yes we are far from polished
far from pristine
but that doesn’t mean we are
striving to form a union that is perfect
We are striving to forge a union with purpose
To compose a country committed to all cultures, colors, characters and
conditions of man
And so we lift our gazes not to what stands between us
but what stands before us
We close the divide because we know, to put our future first,
we must first put our differences aside
We lay down our arms
so we can reach out our arms
to one another
We seek harm to none and harmony for all
Let the globe, if nothing else, say this is true:
That even as we grieved, we grew
That even as we hurt, we hoped
That even as we tired, we tried
That we’ll forever be tied together, victorious
Not because we will never again know defeat
but because we will never again sow division
Scripture tells us to envision
that everyone shall sit under their own vine and fig tree
And no one shall make them afraid
If we’re to live up to our own time
Then victory won’t lie in the blade
But in all the bridges we’ve made
That is the promised glade
The hill we climb
If only we dare
It’s because being American is more than a pride we inherit,
it’s the past we step into
and how we repair it
We’ve seen a force that would shatter our nation
rather than share it
Would destroy our country if it meant delaying democracy
And this effort very nearly succeeded
But while democracy can be periodically delayed
it can never be permanently defeated
In this truth
in this faith we trust
For while we have our eyes on the future
history has its eyes on us
This is the era of just redemption
We feared at its inception
We did not feel prepared to be the heirs
of such a terrifying hour
but within it we found the power
to author a new chapter
To offer hope and laughter to ourselves
So while once we asked,
how could we possibly prevail over catastrophe?
Now we assert
How could catastrophe possibly prevail over us?
We will not march back to what was
but move to what shall be
A country that is bruised but whole,
benevolent but bold,
fierce and free
We will not be turned around
or interrupted by intimidation
because we know our inaction and inertia
will be the inheritance of the next generation
Our blunders become their burdens
But one thing is certain:
If we merge mercy with might,
and might with right,
then love becomes our legacy
and change our children’s birthright
So let us leave behind a country
better than the one we were left with
Every breath from my bronze-pounded chest,
we will raise this wounded world into a wondrous one
We will rise from the gold-limbed hills of the west,
we will rise from the windswept northeast
where our forefathers first realized revolution
We will rise from the lake-rimmed cities of the midwestern states,
we will rise from the sunbaked south
We will rebuild, reconcile and recover
and every known nook of our nation and
every corner called our country,
our people diverse and beautiful will emerge,
battered and beautiful
When day comes we step out of the shade,
aflame and unafraid
The new dawn blooms as we free it
For there is always light,
if only we’re brave enough to see it
If only we’re brave enough to be it

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