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Interroger le monde

Le monde, ici, maintenant, à l’horizon de demain et ailleurs. Événements, faits, chiffres : essayer de les regarder pour voir, situer, peser, comprendre, imaginer.

ÉVITER L’INÉVITABLE

Alors que les progressistes de tous poils ont fait confiance à l’avenir, Walter Benjamin a pensé l’histoire comme une catastrophe. Et si cette approche nous permettait de changer de point de vue ?

28 Avr 2022

Dimanche 24 avril, nos voisins français ont failli avoir une Présidente d’extrême droite : l’impossible plausible.

En 1940, peu avant de se suicider pour ne pas tomber aux mains de la Gestapo, le philosophe Walter Benjamin avait achevé l’écriture de ses « Thèses sur le concept d’histoire ». Cette histoire, il la présente comme une catastrophe. À l’inverse de l’optimisme progressiste, il voit dans le cours des événements humains un enchainement continu de brutalité, de massacre des plus faibles par les plus forts, une exploitation qui au fil des siècles prend la forme du capitalisme. « Quiconque domine est toujours l’héritier de tous les vainqueurs. » Cela fut, cela est et cela sera. Là réside la catastrophe.

Peut-être est-il temps, pour nous qui vivons depuis des décennies dans la paix et le confort exceptionnels d’un État de droit et social, de prendre au sérieux ce point de vue catastrophiste.

 

LA CATASTROPHE ANNONCÉE

La prudence s’impose si nous inscrivons nos pas dans ceux de Benjamin. Car l’exploitation dont il parle est celle d’une majorité prolétaire qui n’a rien, écrasée par une minorité bourgeoise et aristocrate qui prend tout. Or, aujourd’hui plus de 70% des Belges sont propriétaires de leur logement, près de 60% épargnent chaque mois, et des millions d’entre nous sommes à l’abri du marché grâce à l’État qui paie des salaires, pensions ou autres allocations.

L’attention à la catastrophe est néanmoins pertinente lorsqu’elle pousse à une question : y a-t-il des tendances massives qui nous détruisent inexorablement, en particulier les plus faibles d’entre nous ?  Deux, au moins, apparaissent.

 

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Benjamin constate l’existence de moments de fraternité et de justice qui rompent avec la catastrophe. Ce ne sont que des exceptions qui confirment la règle. Mais l’exception relève du réel. Et le réel est possible. Il est donc possible d’éviter l’inévitable.

La première est l’isolement et le mal-être des personnes. C’est une masse significative : en Belgique près d’une personne sur deux vit seule ou en famille monoparentale, près de deux millions de personnes souffrent de détresse psychologique, plus de 400.000 travailleurs sont en arrêt maladie de longue durée dont un tiers pour raisons de santé mentale. L’évolution est en constante augmentation.

La deuxième tendance, autre face de la première, est l’évaporation de la communauté solidaire. Ainsi, on constate un décrochage progressif d’une partie de la population. La stabilité moyenne des chiffres de la pauvreté cache des écarts en hausse, une précarisation croissante de centaines de milliers de mères célibataires, de jeunes ou de personnes peu formées. Ainsi, on constate l’effondrement de la confiance dans les gouvernements à moins de 15%, la montée des intentions de vote extrémistes à 20%, 1,3 million de citoyens qui ont voté blanc ou ne se sont pas rendus aux urnes en 2019. Là aussi, c’est massif.

SAUF SI…

Sans même parler des questions environnementales, pareils aux grenouilles qui cuisent dans une eau dont la température monte doucement, nous ignorons la catastrophe sociopolitique à laquelle nous courons. Sauf si…

Constatant la force de la domination, Benjamin constate aussi l’existence de moments de fraternité et de justice qui rompent avec le flux funeste, par exemple la Commune de Paris ou la République des Conseils bavarois. Ce ne sont que des exceptions qui confirment la règle, et la marée fasciste qui envahit le monde dans les années ’20 et ’30 rappelle à l’ordre des choses. Mais l’exception relève du réel. Et le réel est possible. Il est donc possible d’éviter l’inévitable.

Pour ce faire, Benjamin propose de créer des « constellations » entre le passé et le présent, une continuité qui permet aux résistances d’aujourd’hui de s’abreuver à celles d’hier. Pouvons-nous tenter cela ? Si nous voulons éviter une montée des tensions sociales, des violences, un blocage politique et institutionnel au lendemain de nos élections de 2024, pouvons-nous trouver des ressources dans notre passé ? Dans les débats qui ont permis la mise en place de la sécurité sociale au sortir de la guerre ? Dans la dynamique d’éducation permanente qui a irrigué les années ’70 ? Dans le moment associatif des années ’80 et ’90 qui a permis à MSF d’arracher la liberté de produire des médicaments génériques malgré la pression des multinationales pharma ? Dans le Plan Global de Dehaene qui avait au moins le mérite d’être global et ambitieux ?

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Impact tank est un think & do tank, né dans le giron du Groupe SOS.

Autrement dit : une cellule de réflexion et d’action qui a émergé dans le plus gros réseau associatif et d’économie sociale chez nos voisins français (600 établissements et 21500 emplois).

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À ces constellations dans le temps, nous pouvons ajouter des constellations dans l’espace. La Belgique apparaît largement morcelée en mondes sociaux qui s’ignorent ou se dédaignent, entreprises d’un côté, acteurs publics et associatifs de l’autre, académiques dans leurs tours d’ivoire, cathos ou laïcs, inactifs ou débordés… Or, il y a partout des clairvoyants et des innovateurs. Travaillons à les réunir, leur permettre de raisonner et résonner ensemble.

La catastrophe nous laisse sans voix.

Mais c’est le manque d’attention à nos voix qui permet qu’elle advienne.

Dimanche, si Marine Le Pen était arrivée au pouvoir, c’eut été grâce au ressentiment de sans-voix hurlant contre d’autres muets.

En Belgique, frappés des mêmes aphasies, la catastrophe démocratique nous pend également au nez.

Paru le 21/04/2022 dans

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