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Interroger le monde

Le monde, ici, maintenant, à l’horizon de demain et ailleurs. Événements, faits, chiffres : essayer de les regarder pour voir, situer, peser, comprendre, imaginer.

l’Isolement : danger atomique

Comment prendre la mesure et enrayer l’épidémie d’isolement ?

27 Oct 2022

Depuis des semaines, la crainte d’une guerre atomique réapparait. Poutine va-t-il utiliser l’arme nucléaire et faire basculer le conflit dans une autre dimension ? Question sérieuse. Une autre question, tout aussi grave, est peu posée : comment allons-nous cesser le feu de l’autre guerre atomique, celle qui détruit déjà notre société et gagne du terrain, celle de l’isolement ?

L’usage social de la notion d’atome n’est pas un gadget et l’affirmation du danger n’a rien d’excessif. Pour s’en convaincre, on peut reprendre l’analyse que fit Hannah Arendt du totalitarisme. Faits à l’appui, elle montre que les régimes nazi ou stalinien se sont construits sur l’existence des masses. Et que « les masses se développèrent à partir des fragments d’une société hautement atomisée. (…) La principale caractéristique de l’homme de masse n’était pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux. »

L'EPIDEMIE D'ISOLEMENT

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En Belgique, les chiffres indiquent qu’environ 45% de la population vit seule ou en famille monoparentale. Dans une ville comme Bruxelles, c’est près de 60%. En raison des séparations et du vieillissement, le phénomène a progressé d’un cinquième en 20 ans. La tendance est la même dans de nombreux pays d’Europe et du monde

Les situations de vie solitaire ou de famille monoparentale ne sont pas semblables, mais l’isolement effectif des ‘parents solos’ permet le regroupement. De même la vie seule à 25 ou à 70 ans n’est pas identique. Et le célibat peut être vécu de manière positive ou douloureuse : l’isolement, situation de fait, n’est pas synonyme de solitude et souffrance perçue. Toutefois, malgré la nécessaire prudence, il apparaît que cet isolement est un problème massif, une épidémie aux multiples dimensions.

Dommage à tous les étages

La première dimension est individuelle. Un tiers des Belges dit souffrir de solitude, et les personnes seules s’estiment deux fois moins heureuses que les autres. La faiblesse des relations est un important facteur du mal-être qui touche 30% d’entre nous, des troubles dépressifs qui concernent un million d’habitants du pays, de nos suicides qui sont en termes relatifs parmi les plus nombreux d’Europe.

Le problème a aussi une dimension sociale et de santé publique. Il apparait en effet que les personnes seules sont plus sujettes à diverses maladies et en meurent davantage. À l’inverse, les personnes vivant en couple ou engagées dans le volontariat sont souvent en meilleure santé et vivent plus longtemps.

L’isolement trouve ses racines pour partie dans des conditions d’ordre collectif, qu’elles soient économiques, urbanistiques ou culturelles. Il faut donc aussi répondre par une voie collective.

Enfin, l’isolement est un problème politique en ce qu’il sape la démocratie. Le constat d’Arendt reste d’une actualité brulante. Si les citoyens des années ’30 étaient atomisés alors qu’ils vivaient encore nombreux dans la densité des villages et des familles, que dire de la situation actuelle ? Divers politologues font le lien entre destruction du capital social, méfiance et montée actuelle du populisme.

Instaurer d’autres conditions

Si nous voulons répondre à l’isolement, deux voies sont possibles. La première est individuelle. Nous sommes responsables de nos rapports avec les autres. Les relations nécessitent attention, temps, remise en question. Sans cette ascèse, l’isolement arrive aussi sûrement que l’embonpoint vient à celui ou celle qui n’entretient pas son corps. 

Néanmoins, il serait absurde de faire reposer la responsabilité du problème et de la solution sur les seules épaules des individus. Car l’isolement trouve ses racines pour partie dans des conditions d’ordre collectif, qu’elles soient économiques, urbanistiques ou culturelles. Il faut donc aussi répondre par une voie collective. Cela peut passer par les associations, qui pourraient développer davantage le volontariat ; par les écoles, si on y apprenait davantage à travailler réellement avec ses condisciples ; par les entreprises, à condition d’y faire davantage le pari des liens solidaires dont le manque contribue à l’explosion de burn-out. 

Cela pourrait aussi passer par l’action politique. L’État a une marge de manœuvre sur des sujets particuliers décisifs de l’isolement : le nombre de places en crèches qui joue sur les relations professionnelles des parents, une fiscalité qui pourrait encourager des habitats groupés ou ‘kangourou’, davantage de logements sociaux avec des espaces mutualisés… Et un gouvernement peut affronter le problème de manière globale, avec des ministères de la solitude comme au Royaume-Uni et au Japon. 

Nous sommes inquiets de l’effet dévastateur des atomes physiques. Soit. Mais on peut craindre que nous ne soyons bien légers face au danger de l’atomisation sociale. Le conflit est déjà dans certaines de nos villes, la lutte pour le logement et la concurrence des misères sont déjà à l’œuvre. 

Bientôt, les gens isolés seront plus nombreux que les autres. Alors, la société basculera-t-elle dans une autre dimension ? En attendant, les douleurs enflent.

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