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LE PARFUM D’IRAK

« L’Irak de mon enfance n’existe plus », dit le journaliste Feurat Alani. Il avait une odeur de glace, que le dessinateur Cohen parvient à nous faire sentir…

19 Aug 2021

Que fait l’histoire aux enfants ? Aux familles ? Aux humains ? Que leur fait la guerre ? Que leur fait le glissement progressif de la paix à la violence, à la barbarie, au néant ?

Comment une histoire, celle de l’Irak, a-t-elle été vue, perçue, comprise par un enfant devenant homme ? 

C’est un des propos du « Parfum d’Irak », film animé écrit par Feurat Alani et dessiné par Léonard Cohen. 

A l’heure où la région s’enfonce dans l’inconnu avec la bascule afghane, cette autobiographie intimiste et politique nous parle de bien plus que d’un parcours individuel. 

LIGNE DU TEMPS

Je partage

1989. La guerre avec l’Iran vient de s’achever. Premiers souvenirs d’un garçon de neuf ans qui, pour la première fois, part en vacances « au pays ». Il vit en France. Son père y est exilé. C’est donc sans lui, avec mère et sœur qu’il va voir la famille. Des dizaines de personnes l’attendent. La musique arabe, les rues pleines de voitures américaines, une modernité inattendue. 

« Nous nous arrêtons à un glacier. Je déguste l’une des meilleures glaces de toute ma vie. Parfum abricot. Le parfum de Bagdad. »

Il ne faut pas prononcer le nom de Sadam Hussein. Une partie de la famille, pauvre, vit à la campagne ; une autre, aisée, est dans la capitale. Un cousin porte des caisses au marché, portera ensuite des caisses d’armes ; un autre va à l’université al-Mustansiriyah, fondée au XIIIe siècle. On fait des feux d’artifice artisanaux avec la poudre des armes.

« L’exil n’est pas donné à tout le monde. » (F.A.)

1990, 1991. Nouvelle guerre. La première « du Golf ». Un embargo limite l’accès au sucre. La glace devient un luxe, un produit de contrebande.

1994. Le père est autorisé à rentrer. Nouveau voyage, cette fois en famille au complet. Retrouvailles. Embargo toujours. L’islam est un refuge. « Dieu est grand » est ajouté sur le drapeau. Lorsque le muezzin interrompt un repas, le père ne va pas à la prière.

2001. Septembre, 11. Guerre encore. L’Irak est dans l’axe du mal.

2003. Bombes sur Bagdad.

« Ce soir, Bagdad brule, à nouveau. »

2004. Sadam Husssein est arrêté, le pays tombe.

Après neuf ans d’absence, Feurat Alani revient à Bagdad. Il a 24 ans, est devenu journaliste et entame une carrière de correspondant sur place pour la presse française.

Pendant des années il va voir, vivre, témoigner sur l’administration américaine, les attentats, les milices, l’exil de quatre millions de personnes. Parmi elles, des cousins qui partent en Jordanie, au Canada, aux États-Unis. D’autres restent.  

« L’exil n’est pas donné à tout le monde. »

Après le départ des Américains en 2008, le pays continue sa destruction, sa dislocation, sa disparition sous les coups des factions, de l’État Islamique, de la corruption.

 

TEMPS D’UNE LIGNE

Comme il suit une ligne narrative claire, le film est aussi structuré par sa ligne graphique. Forte, nette, simple, elle donne au chaos des événements une cohérence. Au dessin, aux aplats dominés par quelques couleurs s’ajoutent des photos, des extraits de journaux TV.

Les objets et les personnages qui se transforment contribuent à dire le tissage de ce monde. De même que les métaphores visuelles : ce que l’on croit être n’est peut-être pas seulement ce que l’on croit : une tasse devient un rocher d’où plonger pour nager, un filet de ping-pong isole des soldats, pas seulement des joueurs.

Et la musique, à la fois entêtante et discrète.

ENTRE

Ce film est formidable parce qu’il est, comme la musique, paradoxal. Dur et doux. 

Ou, plutôt, il est « entre ». Il n’est pas deux choses opposées, mais à la lisière, disant, montrant, révélant l’ambiguïté.

Un membre de la famille est torturé par des soldats irakiens au service d’Hussein, plus tard un autre par les Américains à Abou Ghraib.

L’auteur est Français en Irak, Irakien en France.

Sa petite histoire est inséparable de « l’Histoire avec sa grande hache », selon l’expression de Perec.

Journaliste, neutre, il travaille dans la « zone rouge » réservée aux Irakiens, puis entre en « zone verte » américaine. Il y révèle son origine, discute avec des militaires qui ont son âge, sont lui, les armes en plus et les mots en moins :

« Huit ans après leur arrivée, ils ne savent toujours rien » 

Le film est réalisé en 2018. Feurat Alani vit alors à Dubaï, entre la France et l’Irak.

Produit par Arte, il a été diffusé en courtes séquences et peut être vu en une seule fois.

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« Le parfum d’Irak » a ensuite été décliné en roman graphique. Celui-ci est construit sur une liste de tweets, écrits en fait avant la réalisation du film et qui en fut la matière première. 

Cela donne une forme étrange. Serait-ce une forme actualisée du roman épistolaire ? Ce ne sont plus des lettres, mais des messages courts ; il n’y a plus un destinataire, mais l’illimité d’un réseau qui vous laisse seul, comme s’il n’était pas possible d’avoir un interlocuteur à qui dire cela.

Pourtant nous sommes là, pouvons lire, être émus, partager. 

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